Sérieux et travailleur, Amadou Mahtar Mbow a connu plusieurs vies.

Son pĂšre Ă©tait un notable musulman de la rĂ©gion de Louga, dans le Nord-ouest du SĂ©nĂ©gal. PossĂ©dant la citoyennetĂ© française, il fit partie de la dĂ©lĂ©gation sĂ©nĂ©galaise, qui se rendit Ă  l’exposition universelle de Paris, en 1900, oĂč il assista Ă  l’inauguration du premier mĂ©tro.

La mĂšre d’Amadou Mahtar Mbow, la troisiĂšme Ă©pouse de Fara Ndiaye Mbow et de trente ans sa cadette, NgonĂ© Casset, accouche de son fils, le 20 mars 1921 Ă  Dakar dans une des rares maternitĂ©s qui existait Ă  l’époque. C’est pourtant Ă  Louga que grandit le jeune Amadou Mahtar Mbow dans un environnement rural qui Ă©veillera sa sensibilitĂ© Ă  la nature.

En 1930, il rentre Ă  l’école coloniale alors que depuis trois ans il frĂ©quentait l’école coranique.

Inscrit au « cours commercial » Ă  Dakar, une Ă©manation de la chambre de commerce, pour ĂȘtre formĂ© en commerce, comptabilitĂ©, gestion, finance, Ă©conomie, stĂ©nodactylo, mathĂ©matique, correspondance commerciale, etc., M. Mbow lit beaucoup, ce qui lui a valu le statut d’autodidacte.

En 1938, il passe un concours pour entrer comme commis de l’administration coloniale, concours qu’il rĂ©ussit en finissant premier. Il est alors affectĂ© « au bureau du courrier du gouverneur de la circonspection de Dakar et dĂ©pendances ».

ChoquĂ© par l’idĂ©ologie nazie, il s’est engagĂ© volontaire, en fĂ©vrier 1940, Ă  l’armĂ©e de l’air oĂč il rejoint l’École des radiotĂ©lĂ©graphistes qui venait d’ĂȘtre ouverte Ă  la caserne Rocabey Ă  Saint-Malo.

À l’automne 1940, Amadou Mahtar Mbow rentre au SĂ©nĂ©gal et reprend service auprĂšs du gouverneur, comme commis local des Ă©changes commerciaux.

AprĂšs la guerre, il resta en mĂ©tropole, passe son baccalaurĂ©at en 1948 Ă  Paris et s’inscrit en licence d’histoire Ă  la Sorbonne avec pour ambition de se prĂ©parer Ă  la politique. Il frĂ©quente alors Abdoulaye Ly, participe aux activitĂ©s de l’Association des Ă©tudiants africains de Paris (APEAP), l’ancĂȘtre de la FĂ©dĂ©ration des Ă©tudiants d’Afrique noire en France (FEANF).

Ainsi, est-il d’abord nommĂ© prĂ©sident du bureau provisoire l’APEAP, en janvier 1951, avant que, lors du premier congrĂšs de la FEANF, du 20 Ă  22 mars Ă  Paris, il en devienne le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral tandis que la dahomĂ©enne Solange FaladĂ© est Ă©lue prĂ©sidente. Ces quelques annĂ©es Ă  Paris sont celles oĂč le monde noir en diaspora a vĂ©cu vraisemblablement une des pĂ©riodes d’effervescence politique, intellectuelle et culturelle les plus intenses.

Amadou Mahtar Mbow rejoint pourtant rapidement le continent, dĂšs l’étĂ© 1951. Il est nommĂ© professeur Ă  Rosso, en Mauritanie. En 1953, il est chargĂ© de crĂ©er et diriger les services d’éducation de base, Ă  l’échelle du SĂ©nĂ©gal et de la Mauritanie.

Cet attrait pour l’enseignement et les problĂšmes organisationnels de l’enseignement va le conduire, vingt ans plus tard, aux plus hautes fonctions de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

Dans ce SĂ©nĂ©gal des annĂ©es 1950 oĂč l’indĂ©pendance se profile Ă  l’horizon, Mbow poursuit ses activitĂ©s politiques. En 1955, il adhĂšre au Bloc DĂ©mocratique SĂ©nĂ©galais (BDS), le parti de LĂ©opold SĂ©dar Senghor et Mamadou Dia, fondĂ© en 1948, qui domine la vie politique sĂ©nĂ©galaise en ayant Ă©clipsĂ© la SFIO de Lamine GuĂšye, depuis les Ă©lections lĂ©gislatives de 1951.

En 1956, avec les accords de la loi Defferre, Amadou Mahtar M’Bow devient le premier ministre sĂ©nĂ©galais de l’éducation, alors que le pays est toujours sous tutelle coloniale française.

Souhaitant l’indĂ©pendance immĂ©diate, M’Bow vote « Non » au projet constitutionnel proposĂ© par De Gaulle en septembre 1958. Quelques jours plus tĂŽt, il a rejoint le Parti du Regroupement Africain-SĂ©nĂ©gal nouvellement créé et dont il est membre du bureau politique.

AprĂšs la crise de dĂ©cembre 1962, qui voit l’éviction et l’emprisonnement de Dia, le PRA-SĂ©nĂ©gal demeure le seul parti lĂ©gal de l’opposition face Ă  l’Union progressiste sĂ©nĂ©galaise (parti créé en 1958 et regroupant le BDS et la SFIO).

En 1966, les leaders du PRA-SĂ©nĂ©gal rejoignent l’UPS. Mbow est nommĂ© ministre de l’éducation. C’est lui qui doit gĂ©rer la crise de mai 1968 qui lui coĂ»ta sa place. Il change de ministĂšre pour devenir le ministre de la culture, jusqu’en 1970.

ParallĂšlement, Amadou Mahtar M’Bow mĂšne une carriĂšre de haut fonctionnaire international. Il est nommĂ© membre du conseil exĂ©cutif de l’UNESCO en 1966 et y reprĂ©sente la dĂ©lĂ©gation sĂ©nĂ©galaise.

En 1970, il devient le reprĂ©sentant du groupe des États africains. Par consĂ©quence, contribue-t-il ainsi Ă  Ă©tablir des relations entre l’Organisation de l’UnitĂ© Africaine (OUA) et l’UNESCO, ce qui conduit l’organisation internationale Ă  adopter plusieurs rĂ©solutions affirmant son soutien aux diffĂ©rents mouvements de libĂ©ration nationale agissant sur le continent africain.

En 1974, Mbow, soutenu par l’OUA, est nommĂ© Ă  la tĂȘte de l’UNESCO, en remplacement du français RenĂ© Maheu. Il devient le premier reprĂ©sentant du « Tiers-monde » Ă  accĂ©der Ă  de telles fonctions. Il rĂ©alise un deuxiĂšme mandat Ă  la tĂȘte de l’UNESCO, jusqu’en 1987.

RetirĂ© au Maroc, Mbow revient dans le jeu politique sĂ©nĂ©galais Ă  la fin des annĂ©es 2000. C’est lui qui, pendant un an, entre 2008 et 2009, prĂ©side les Assises nationales, cette vaste coalition qui s’oppose Ă  la réélection d’Abdoulaye Wade, en 2012.

Reconnu pour son rĂŽle de doyen, Mbow a Ă©galement reçut plusieurs distinctions parmi lesquelles celle de Doctorat honoris causa de l’UniversitĂ© de Belgrade, en 1980 et celle de Commandeur de l’ordre de la lĂ©gion d’honneur française.

Visiter le site du parrain : http://amadoumahtarmbow.org/